Une entreprise industrielle s’assure autour de son outil de production : les bâtiments et machines (multirisque industrielle et bris de machine), l’arrêt de production qui suit un sinistre (pertes d’exploitation), les dommages causés par ses produits (RC après livraison), ses atteintes possibles à l’environnement et, de plus en plus, l’arrêt de ses systèmes informatiques. Au-delà d’un certain niveau de capitaux, le contrat est construit sur mesure : visite de risque, formule « tous risques sauf », limite contractuelle d’indemnité. Lorsque l’entreprise compte plusieurs sites, un programme centralisé évite les écarts de garanties entre établissements.

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Multirisque professionnelle ou multirisque industrielle ?

CritèreMultirisque professionnelleMultirisque industrielle
Entreprises viséesCommerces, bureaux, ateliers de taille limitéeSites de production, entrepôts importants, capitaux élevés
Construction du contratContrat standard, garanties souvent listées une à uneContrat négocié, souvent « tous risques sauf » : tout est couvert sauf ce qui est exclu
Évaluation du risqueQuestionnaireVisite de risque, rapport et recommandations de prévention
MontantsCapitaux par posteCapitaux déclarés par site et limite contractuelle d’indemnité

La frontière n’est pas fixée par la loi : elle dépend des assureurs, des capitaux en jeu et de la nature de l’activité. La logique de la multirisque professionnelle reste la même, mais l’industrie demande un contrat plus précis.

La cartographie des risques d’une entreprise industrielle

RisqueExempleGarantie
Incendie, explosionDépart de feu sur une ligne de productionDommages aux biens
Panne ou casse d’une machineBris d’une presse, court-circuit dans une armoire électriqueBris de machine, dommages électriques
Arrêt de productionPlusieurs mois de reconstruction d’un atelierPertes d’exploitation, y compris après bris de machine
DépendanceSinistre chez le fournisseur unique d’un composantExtension « carence de fournisseurs »
Produit défectueuxPièce livrée qui endommage l’installation d’un clientRC après livraison, frais de retrait selon contrat
PollutionDéversement accidentel dans le réseau d’eaux pluvialesExtension atteintes à l’environnement ou contrat dédié
Attaque informatiqueRançongiciel qui bloque la productionAssurance cyber
Mise en cause du dirigeantRéclamation d’un associé ou d’un créancierRC des dirigeants

Pour la pollution, la responsabilité environnementale prévue par le Code de l’environnement (articles L. 160-1 et suivants) peut imposer à l’exploitant de réparer les dommages causés au milieu naturel, en plus de la responsabilité envers les tiers. Pour le cyber, l’indemnisation d’une rançon par un assureur est subordonnée au dépôt d’une plainte dans les 72 heures suivant la connaissance de l’attaque (article L. 12-10-1 du Code des assurances).

Valoriser correctement les biens

  • Valeur à neuf ou valeur d’usage : la valeur à neuf permet de remplacer une machine sans déduire sa vétusté, dans les limites prévues par le contrat. Les machines anciennes ou difficiles à remplacer demandent une attention particulière.
  • Expertise préalable : faire évaluer les bâtiments et équipements avant le sinistre limite les discussions après, notamment sur les valeurs déclarées.
  • Limite contractuelle d’indemnité : au lieu d’assurer la somme de tous les capitaux, le contrat fixe un montant maximal par sinistre, déterminé à partir du sinistre le plus grave envisageable. Elle s’accompagne souvent d’une renonciation à la règle proportionnelle de capitaux (article L. 121-5 du Code des assurances), à condition que les valeurs aient été déclarées de bonne foi.
  • Frais annexes : démolition, déblais, mise en conformité, honoraires d’experts, frais supplémentaires pour maintenir la production. Ils pèsent lourd dans un sinistre industriel.

La visite de risque et la prévention

Pour un site industriel, l’assureur fait généralement réaliser une visite par un ingénieur prévention. Le rapport décrit la construction, les procédés, les protections et formule des recommandations, parfois assorties d’un délai de mise en œuvre. Ces recommandations ne sont pas une formalité : leur suivi conditionne souvent le maintien des garanties ou des conditions obtenues. Un courtier aide à les hiérarchiser, à les chiffrer et à présenter les mesures prises lors du renouvellement.

Plusieurs sites : centraliser les contrats

Une entreprise qui a grandi par création d’établissements ou par acquisitions accumule souvent un contrat par site, avec des assureurs, des franchises, des niveaux de garantie et des échéances différents. Un programme centralisé regroupe les sites dans un même contrat ou dans des contrats harmonisés.

Contrats séparés par siteProgramme centralisé
Échéances et préavis dispersésUne échéance commune, un renouvellement préparé une fois
Garanties et franchises hétérogènesMêmes garanties et franchises adaptées à chaque site
Un site oublié ou ajouté sans déclarationListe des sites tenue à jour, intégration des nouveaux sites dans une limite prévue
Sinistralité suivie site par siteVision consolidée, utile pour négocier

Le programme centralisé demande en contrepartie une déclaration rigoureuse des valeurs par site et une mise à jour régulière. Il se prépare en amont de l’échéance la plus importante, en organisant au besoin la résiliation des autres contrats à leur propre échéance. Depuis la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026, les PME peuvent par ailleurs résilier à tout moment, après un an, leurs assurances de dommages aux biens professionnels (article L. 113-15-2-1 du Code des assurances), ce qui facilite ce regroupement. Les entrepôts et stocks sont traités dans Assurance entrepôt et stocks.

Ce que l’assureur demande pour l’étude

  • La liste des sites, avec leur activité, leur surface et leur construction
  • La valeur des bâtiments, des machines et des stocks, par site
  • Le chiffre d’affaires, la marge brute et la dépendance entre sites, clients et fournisseurs
  • Les rapports de visite de risque et les mesures de prévention
  • La nature des produits fabriqués et les marchés export
  • Les contrats en cours et les sinistres des cinq dernières années

Questions fréquentes

Un contrat de dommages aux biens conçu pour les sites de production et les capitaux élevés. Il est généralement négocié sur mesure, souvent en formule « tous risques sauf », après une visite de risque, avec une limite contractuelle d’indemnité.
Pas toujours. Il fait souvent l’objet d’une garantie ou d’un contrat distinct, de même que la perte d’exploitation après bris de machine. C’est un point essentiel pour une entreprise qui dépend de quelques machines clés.
Ce n’est pas obligatoire, mais un programme centralisé simplifie la gestion, harmonise les garanties et évite qu’un site soit oublié. Il demande une déclaration rigoureuse des valeurs par site.
Selon le contrat, l’assureur peut modifier les conditions au renouvellement, appliquer une franchise plus élevée ou, dans certains cas, limiter sa garantie. Il est préférable de planifier les mesures avec lui et d’en conserver la trace.

Sources officielles

  • Code des assurances, articles L. 12-10-1 (cyber-rançons), L. 121-5 (règle proportionnelle).
  • Code des assurances, article L. 125-1 (catastrophes naturelles)
  • Loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique (article L. 113-15-2-1 du Code des assurances).
  • Code de l’environnement, articles L. 160-1 et suivants (responsabilité environnementale).

Ce guide présente des règles générales. Il ne remplace pas la lecture de votre contrat ni un conseil adapté à votre situation.

Yonathan TordjmanFondateur et dirigeant de YOTO ASSUR, cabinet de courtage en assurance immatriculé à l’ORIAS sous le n° 25000464, basé à Créteil et actif partout en France. Découvrir le cabinet · LinkedIn
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